EAR · Extraterritorialité

Décision Bosch : quand l'EAR99 ne protège plus

Analyse de Jan Holtzhäusser, avocat en contrôle des exportations — publiée le 17 septembre 2026.

36 millions de dollars de pénalité civile pour des produits classés EAR99, fabriqués hors des États-Unis. Le règlement conclu par Robert Bosch GmbH avec le Bureau of Industry and Security (BIS) en juin 2026 est une leçon pour tout industriel européen qui utilise de la technologie, des logiciels ou des équipements américains.

Les faits

Selon le communiqué du BIS et l'ordonnance du 16 juin 2026, Robert Bosch GmbH (Stuttgart) a, entre septembre 2020 et septembre 2024, exporté depuis l'étranger pour environ 72,4 millions de dollars de capteurs MEMS et de logiciels automobiles à destination de Huawei Technologies et de ses filiales inscrites sur l'Entity List, sans licence du BIS. Le BIS a retenu 109 violations de l'Export Administration Regulations (EAR). Bosch a accepté une pénalité civile de 36 184 680 dollars ; en parallèle, le Department of Justice a renoncé aux poursuites pénales (« declination ») en contrepartie d'une restitution des profits d'environ 3,6 millions de dollars.

Point essentiel : ces capteurs et logiciels étaient classés EAR99, c'est-à-dire non listés sur la Commerce Control List et réputés peu sensibles. Bosch avait déposé une divulgation volontaire (Voluntary Self-Disclosure) et coopéré à l'enquête, ce qui explique le niveau de la sanction et l'absence de poursuites pénales.

Pourquoi un produit EAR99 fabriqué en Europe relève-t-il de l'EAR ?

La réponse tient dans la Foreign Direct Product Rule (FDPR), et en particulier dans sa déclinaison propre à Huawei (§ 734.9(e) de l'EAR, introduite en 2020). Un article produit hors des États-Unis devient « soumis à l'EAR » lorsqu'il est le produit direct de certains logiciels ou technologies d'origine américaine, ou lorsqu'il sort d'une usine ou d'une ligne dont un composant majeur est le produit direct de tels logiciels ou technologies — dès lors que Huawei ou l'une de ses filiales listées est partie à la transaction (acheteur, destinataire intermédiaire, utilisateur final).

Conséquence : le classement EAR99 du produit fini ne dit rien de sa juridiction. Un capteur allemand, conçu avec des outils de CAO américains ou produit sur des équipements américains, peut exiger une licence du BIS pour être livré à une entité de l'Entity List, alors même qu'il ne serait soumis à aucune licence pour un client chinois non listé.

Trois enseignements pour les industriels européens

1. Le classement ne suffit pas. Une analyse de conformité export américaine comporte trois questions distinctes : l'article est-il soumis à l'EAR (juridiction) ? Quel est son classement (ECCN ou EAR99) ? Qui est le destinataire et quel est l'usage final ? Le dossier Bosch montre que la première et la troisième question peuvent, à elles seules, déclencher une obligation de licence.

2. L'Entity List se lit avec ses notes de bas de page. Les entités marquées « footnote 1 » (Huawei et ses filiales) et, depuis 2022-2023, « footnote 4 » (certaines entités chinoises du secteur des semi-conducteurs et du supercalcul) attirent des règles FDPR spécifiques et beaucoup plus larges que la règle générale. Le screening des contreparties doit remonter cette information et déclencher une analyse de contamination.

3. La cartographie des intrants américains est un actif de conformité. Savoir quels logiciels, technologies et équipements d'origine américaine interviennent dans la conception et la production de chaque famille de produits est indispensable, non seulement pour le calcul de minimis, mais aussi pour la FDPR. Sans cette cartographie, l'entreprise ne peut ni démontrer que ses produits échappent à l'EAR, ni identifier ceux qui y sont soumis.

Que faire concrètement ?

Intégrer dans le programme interne de conformité (ICP) une procédure d'analyse de juridiction américaine (de minimis et FDPR) pour toute nouvelle référence produit et pour tout nouveau client sensible ; documenter les résultats ; former les équipes commerciales et achats à reconnaître les signaux (client listé, destination Chine, composants ou outils américains) ; et, en cas de doute ou de découverte a posteriori, examiner l'opportunité d'une divulgation volontaire, qui reste — le dossier Bosch le confirme — le facteur d'atténuation le plus puissant devant le BIS et le DOJ.

J'accompagne les industriels aéronautiques, automobiles et électroniques dans ces analyses de contamination ITAR/EAR, le calcul de minimis et la gestion des règles FDPR, ainsi que dans la mise à jour de leurs programmes de conformité.

Sources

Information générale, ne constitue pas un conseil juridique. Suivre mes analyses sur LinkedIn →

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